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11e SYMPOSIUM DU RÉSEAU QUÉBÉCOIS POUR LA PRATIQUE DES HISTOIRES DE VIE

Les récits de vie à l’heure des nouvelles frontières de la vie privée

L’évolution actuelle de nos sociétés occidentales, que certains penseurs appellent la modernité avancée, invite chaque personne (sujet-acteur) à se construire et à se définir dans sa spécificité et en toute autonomie. Or un ensemble de facteurs macrosociaux liés prioritairement aux transformations économiques (l’organisation du travail) ainsi qu’au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont bouleversé les frontières de la vie privée (la famille) et de la vie publique (le travail, la politique, etc.). Actuellement, on peut dire en raccourci, avec l’historien Prost, que le privé se publicise et le public se privatise. À l’intérieur même du couple et de la vie familiale, chacun réclame un espace personnel (matériel et symbolique) à soi. Certaines catégories de jeunes vivent dans la rue. D’autre part, la sphère du travail salarié retourne -en partie du moins- dans le privé avec le travail autonome, à contrat, etc., redéfinissant les étapes de vie (entrée dans le travail salarié et sortie : la retraite). De plus, la fin de la vie se déploie désormais pour de nombreuses catégories de personnes dams l’espace public des maisons pour retraités, des centres d’accueil, des CHSLD et des hôpitaux. Enfin, les rites funéraires (publics) qui accompagnaient la mort tendent à disparaître ou à se privatiser.

Toutes ces transformations obligent le sujet-acteur en quête de soi à modifier ses actions et ses stratégies identitaires, ses investissements affectifs et formatifs et à définir autrement son autonomie. Comment la narration de soi soutient-elle la réflexion et l’action du sujet-acteur dans sa propre redéfinition du privé et du public ? La pratique du récit de vie ne participe-t-elle pas elle aussi de la redéfinition des frontières de la vie privée et de la vie publique ? N’avons-nous pas, depuis une vingtaine d’années au moins, créé de nouveaux lieux dans l’espace public (à l’université notamment et dans les milieux de travail) et dans la sphère dite de l’entreprise privée (à l’extérieur des institutions traditionnelles) pour se raconter (se dévoiler) en groupe, dans son intimité ? Le symposium annuel du RQPHV ne constitue-t-il pas un tel lieu ? Quels sont au Québec les lieux et les dispositifs du récit de sa vie ? À quelle(s) nécessité(s) ces nouveaux lieux correspondent-ils ? On pourrait s’interroger ici sur la popularité grandissante du récit de vie au Québec et ailleurs… Ces nouvelles pratiques de narration de soi ne posent-elles pas de nouvelles exigences (éthiques notamment) tant aux accompagnateurs qu’aux accompagnés ?

Voilà quelques questions auxquelles le symposium fera écho. Ce sera l’occasion d’esquisser des pistes de réflexion sur l’avenir des récits de vie à la lumière des pratiques actuelles et passées.

Danielle Desmarais